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TOTAL complice du massacre des Rohingyas en Birmanie ?

4 Avril 2020

Photo By Reuters
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          Nous ne pouvons plus déroger à la  règle qui consiste à étudier les conflits dans le monde à travers les enjeux géostratégiques. En effet, les contestations de frontières, les problèmes de « voisinage » liés aux souverainetés territoriales et les conflits religieux ou ethniques se font toujours sur l’autel de ressources pétrolières, gazières ou minières. Les conflits sont des « gesticulations » idéologiques profitant aux multinationales et qui sont souvent instrumentalisés par ces mêmes grands groupes internationaux. S’ajoutent à cela les complicités de certains politiques corrompus et des cadres de l’armée gracieusement payés avec l’argent que génèrent les ressources de leur pays. Les populations, quant à elles, subissent les conséquences dans le sang et la mort. L’exemple des Rohingyas en Birmanie illustre cette réalité.

D’abord, la minorité Rohingyas n’est pas la seule à avoir subi les exactions de l’armée. Cette précision est à souligner pour éviter d’alimenter un complot international ou historique de persécutions des musulmans. La population Karens est elle-aussi massacrée et elle est en grande majorité chrétienne et animiste, voire les deux à la fois. De plus, l’Etat Kachin en Birmanie est un territoire où sont regroupés de nombreux chrétiens et c’est par là que passe le pipeline  qui alimente la Chine en gaz et en pétrole. La compagnie birmane de pétrole Myanmar Oil and Gas Entreprise a fait appel à Total pour procéder aux études techniques, concevoir et réaliser les infrastructures et acheminer les matières premières. Ainsi, la Chine a besoin de pétrole et de gaz pour sa survie, au détriment des populations birmanes. Dans cette chasse aux ressources, l’armée birmane se charge de « nettoyer » les zones convoitées afin que les groupes pétroliers puissent s’y installer. Les conséquences sont dramatiques : déplacements de populations, destructions de villages, meurtres, viols et emprisonnements. Selon Earth Right International, l’exploitation du projet gazier de Yadana par Total a permis à l’armée de s’enrichir de 5 milliards de dollars. La population a été victime de confiscation de terres, les droits de l’homme ont été violés par l’armée et l’environnement a été fortement dégradé.

Concernant les Rohingyas musulmans, ils représentent plus d’un tiers de la population de l’Etat d’Arakan. C’est une région pauvre  dont le sous-sol et les eaux du littoral sont riches en pétrole et en gaz. De nombreux projets d’oléoduc et de gazoduc sont en cours pour alimenter les besoins de la Chine. Total reste également très présent en apportant son savoir-faire industriel et technologique, mais ce n’est pas le seul grand groupe présent en Birmanie. Des entreprises telles que Lafarge sont aussi partie prenante dans la construction des infrastructures. Rappelons que l’entreprise Lafarge a été mise en examen pour « financement de terrorisme » et « complicité de crimes contre l’humanité » en Syrie.

Les zones d’exploitation sont en grande majorité interdites aux journalistes étrangers. Les derniers à en avoir fait les frais sont deux journalistes de l’Agence Reuters, placés en détention depuis Décembre 2017, accusés d’avoir porté atteinte au secret d’Etat. Leur enquête a permis de prouver le massacre de musulmans Rohingyas par l’armée birmane. Ils ont été condamnés chacun à 7 ans de prison alors que le 6 octobre 2018, Aung San Suu Kyi déclarait : « Je pense que la presse est très libre en Birmanie ». Il y a une volonté manifeste de ne pas dévoiler ce qui se passe dans ces « zones de massacre ».

Ce qui se passe en Birmanie sous les yeux du monde est typique de ce qui se déroule dans d’autres zones de la planète. L’intérêt économique prévaudra toujours et peu importe les cadavres sur lesquels seront construites nos richesses de demain. Les énergies dont nous avons besoin sont installées sur des « cimetières »  érigés par les grands groupes volontairement avec l’appui des armées et des gouvernements silencieux. Seuls des organisations humanitaires continuent au prix de leur vie de venir en aide à ces populations et de dénoncer chaque jour la démission de notre humanité.
Khalid Mossayd
26 Octobre 2018


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